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Un peu d'histoire Australienne, vue par Raphaël

Le monde des Backpackers – Australie : aux éditions Souffles Littéraires (extrait)

Un peu d’histoire… sur l'Australie ?

La mythique Terra Australis intrigue autant qu’elle fascine, puisqu’elle est dotée de paysages extrêmes et d’une faune exceptionnelle, qui ont notamment inspiré le film Crocodile Dundee, qui l’a fait connaître, et à Darwin sa théorie de l’évolution… Rien que ça. Alors, que penser du fait que le dernier continent colonisé a été délaissé par les premiers explorateurs, qui ne voyaient dans ces terres arides aucune richesse susceptible de les intéresser ? Eh bien, que cela a permis un répit aux Aborigènes, dont les premières traces remontent à plus de 40 000 ans, et qui se seraient certainement mieux portés si l’on n’était pas venu les embêter… et je reste poli.


Car, bien que les premiers explorateurs aient décrit cette terre comme « désertique et peuplée de sauvages », il n’a guère fallu longtemps pour que d’autres débarquent et décident de jeter l’ancre (et leur dévolu) sur les richesses innombrables de cette île-continent, le plus célèbre étant le capitaine anglais James Cook, qui, en 1770, pose les pieds sur la côte sud-est de l’Australie, qu’il baptise ensuite « New South Wales », comme ça. Puis, avec l’aide d’une équipe de botanistes, il découvre une quantité folle de plantes et d’espèces animales au niveau d’une baie baptisée alors « Botany Bay », comme ça. Je fais court, tenant à souligner le fait que l’Angleterre assied alors peu à peu son emprise sur cette grande terre. Comme ça.


Dans l’impossibilité de s’installer de manière permanente à cause d’un manque d’eau potable, la flotte anglaise décide alors de mettre les voiles au nord, vers Sydney Harbour. Ni une ni deux, le capitaine Arthur Phillip devient gouverneur de la nouvelle colonie ; on hisse les couleurs anglaises : le New South Wales vient de naître, et c’est le début de la fin… des Aborigènes.

Car, bien que notre capitaine tente d’établir des relations amicales avec les natifs, les Aborigènes évitent tout contact, terrorisés par le comportement des soldats de Sa Majesté et les maladies importées d’Europe, qui se répandent au sein des tribus « abos », démunies face à ces fléaux. Sans compter l’introduction d’espèces exogènes qui bouleversent l’écosystème australien. Afin de ne pas perdre l’avantage de la situation, les Anglais envoient dans la foulée de nouveaux migrants et encore plus de militaires. C’est un carnage, mais ça permet à l’Angleterre d’étendre sa colonie vers l’ouest ainsi que d’envoyer un kangourou vivant à Londres, ce qui ravit le peuple. Puis, soudain sortis d’on ne sait où, des flottes françaises se mettent à voguer, tels des pirates à la recherche d’un trésor, aux abords de cette grande terre. En vue de se prémunir contre toute éventuelle cohabitation (et toujours sans penser aux Aborigènes), les Anglais prennent alors possession de la Tasmanie, annexent l’Australie occidentale puis fédèrent toutes les colonies. Voici donc (very succinctement) comment est né le Commonwealth d’Australie. Nous sommes en 1901.


Lorsqu’en 1939 l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne, l’A.N.Z.A.C. (Australian and New Zealand Army Corps) est envoyé dans le Pacifique. Jusqu’alors, l’Australie n’avait jamais réellement pris part à un conflit international, mais, lorsque les Japonais attaquent Pearl Harbor, elle déclare la guerre au Japon. Avec l’aide des Américains, l’armée australienne repousse les envahisseurs avant de libérer plusieurs territoires insulaires comme Bornéo, la Papouasie et le Timor. Les pertes sont énormes, et, face au manque de main-d’œuvre et à une situation économique d’après-guerre, l’Australie engage une politique d’immigration massive : voici venu le temps du Golden Age of Australia.


De cet âge d’or découle une période d’expansion sans précédent, à laquelle participent la découverte de nombreux gisements miniers et l’arrivée de milliers de migrants. Cela a permis de poser les bases du multiculturalisme du continent en diminuant fortement le pourcentage de population anglaise qui, jusque-là, frôlait les 100 %. C’est super, non ? On accepte les gens d’un peu partout, on leur offre un boulot, et en plus ils ont l’espace nécessaire pour assouvir leur soif de liberté ! Pas si simple…

Car, entre-temps, les Aborigènes se révoltent dans l’intention de réclamer l’égalité des droits civiques, ainsi que la reconnaissance du droit de propriété sur leurs terres ancestrales. Ils n’obtiennent que tardivement le droit de vote et la citoyenneté australienne, et il faut attendre 1992 pour qu’on leur accorde la légitimité sur leurs terres. En résumé, il aura fallu que ce peuple subisse deux siècles de barbarie, de maltraitances et d’injustices pour qu’enfin le Premier ministre demande pardon aux Aborigènes. Nous sommes en 2007.


Depuis, l’Australie peut se vanter de s’être propulsée dans le XXIe siècle avec brio, au point que certains la nomment d’ailleurs « Le nouvel Eldorado » : faible taux de chômage, maîtrise des flux migratoires, salaires élevés, inflation maîtrisée… L’Australie est aussi détentrice du plus grand nombre de parcs nationaux au monde et d’une terre d’aventure au relief surprenant où la mégafaune continue d’attirer les aventuriers de tous horizons.

Terre de tous les possibles, certainement. Toutefois, et comme le reste du monde, l’Australie doit désormais faire face à des sujets extrêmement sensibles tels que la préservation des milieux naturels et le réchauffement climatique. Les feux de brousse ayant récemment dévasté le continent ont démontré qu’il fallait mettre en place des mesures drastiques et exceptionnelles. Eh bien, allons-y.

Car ce monde perdu doit être préservé.

Possédant déjà le taux d’extinction des mammifères le plus élevé au monde, les vagues d’incendies risquent d’accroître la disparition d’espèces animales et végétales endémiques, que l’on ne trouve donc et ne trouvera plus nulle part ailleurs. Les défenseurs des animaux parlent à ce sujet d’un véritable « holocauste », rien que ça. Pendant ce temps, certains se rendent soudainement compte qu’en presque cinquante mille ans les Aborigènes n’ont détruit aucune forêt, aucune espèce animale ou végétale, n’ont pollué aucun cours d’eau et que, si on les laissait faire, l’harmonie renaîtrait en ce pays dévasté. Il serait temps de les écouter.


Cela dit, le ministre de l’Immigration a annoncé en février 2020 : « Tous ces propriétaires terriens […] affectés par les terribles feux de l’été pourront désormais embaucher des Backpackers plus de six mois, afin de les aider dans cette période critique qu’est la reconstruction. »

Cette décision est exceptionnelle mais démontre plus que jamais à quel point, dans certains pays, le backpacking est érigé en institution. Une institution solide, jeune et dynamique, sur laquelle un gouvernement ose compter dans une situation de crise sans précédent. Et, de ça, on ne parle que peu, pas assez, voire jamais. Parlons-en.

Le monde des Backpackers possède un potentiel trop élevé pour ne pas l’aborder, ne pas le connaître ou le vivre… rien qu’une fois. Nous sommes des centaines de millions : il faut le savoir, le voir pour le croire. Et l’Australie est devenue notre berceau, un Eldorado fragile, mais qui n’a pas son pareil pour attirer les jeunes en quête d’aventure.


Les récents incendies m’ont bouleversé… mais aussi convaincu de mon projet. Car c’est aux Backpackers que l’Australie vient de faire appel pour reconstruire sa nation. Là, maintenant, à l’heure où j’écris, un pays entier, immense, d’ailleurs, a sollicité nos services. Il n’avait pas le choix ? Sûrement. Peu importe : on est là, et l’Australie le sait. Et nous serons toujours là, surtout si c’est pour être payés à reconstruire un pays aussi sublime que l’Australie. Nous sommes des Backpackers, tout de même : mêler l’utile à l’agréable est notre raison de vivre.


Auteur Raphaël Paquereau